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  • jackiebhamilton

Ces mères non aimantes


Je ne peux pas vous dire que je sais ce que c'est d'avoir une mère aimante et compréhensive parce que celle que j'ai choisie en venant au monde semblait avoir de la difficulté à éprouver ces attributs.


Avec moi, elle était presque tout le temps froide, impatiente et indifférente à ma peine ou à ma douleur. De plus, je pouvais constamment ressentir une sorte de mépris à mon égard, un mépris que je ne comprenais pas puisque je ne faisais qu'être une enfant bien ordinaire comme tous les autres.


J'en ai extrêmement souffert tout au long de mon enfance. Encore plus parce que je voulais tellement - je tenais mordicus - à ce qu'elle m'aime, ma mère, et plus les années avançaient, plus cela devenait mission impossible.


Dès mon plus jeune âge, j'ai remis en cause ma valeur parce que, pour un enfant, si l'amour d'un parent lui est refusé, c'est forcément parce qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez lui. C'est pourquoi j'ai débuté cette vie terrestre en portant la honte d'exister, une honte qui s'est traduite par une timidité maladive, un véritable calvaire à supporter au quotidien.


Heureusement, ce besoin de savoir que je comptais pour elle a disparu le jour où je suis moi-même devenue une mère. C'était un lâcher prise essentiel si je voulais arriver à donner à mon fils tout ce que je n'avais jamais reçu.


QUI ÉTAIT-ELLE VRAIMENT?


Il m'arrive parfois de me dire que j'aimerais bien m'asseoir à ses côtés, aujourd'hui, pour essayer de comprendre pourquoi elle était ce qu'elle était ou pourquoi elle n'a jamais été ce que j'aurais tant souhaité qu'elle soit.


Ma mère est décédée en 2012 alors ça ne sera pas possible. Mais je sais aussi à quel point il était difficile pour elle d'avoir une vraie conversation car elle monologuait plus qu'elle n'écoutait. Du coup, j'en suis venue à obtenir certaines réponses par moi-même et celles-ci, ma foi, me semblent faire beaucoup de sens.


Certaines bribes d'informations entendues lorsque j'étais enfant me font penser que ma mère n'était pas heureuse dans le rôle qui lui était attribué et dans la vie en général. D'entrée de jeu, elle était très amère envers ses propres parents parce qu'il l'avait fait travailler sur la ferme "comme un homme" durant de trop nombreuses années, si bien qu'elle était convaincue que ses problèmes de santé étaient reliés à cette époque de sa vie. De plus, ces circonstances l'avait aussi obligée à abandonner ses rêves de déménager à Montréal pour devenir comédienne.


L'autre point est qu'elle nous racontait souvent une histoire d'amour qui s'était terminée parce que son prétendant avait dû déménager dans une autre région. Pourtant, aucun récit à propos de sa rencontre avec notre père n'était jamais partagé. Cela confirme, je crois, que son coeur est resté attaché à quelqu'un d'autre que notre père.


Avec du recul, j'ai pu arriver à voir les grandes qualités que ma mère possédait aussi. Elle était forte, courageuse. En quelque sorte, elle a dû faire le deuil de bien des rêves et c'est probablement toutes ces épreuves qui ont endurci son coeur. En réalité, ma mère a sûrement dû éprouver ce que j'éprouve parfois à l'occasion : le sentiment de ne pas être au bon endroit, en train de vivre les bonnes choses.


Pour ma part, j'ai compris qu'il ne faut pas étouffer cette voix qui nous invite à nous rapprocher de notre bonheur car elle risque de se transformer en ressentiment et à faire de nous des personnes que nous ne sommes pas.

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Jackie B. Hamilton, auteure
Québec, Canada

 

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