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  • jackiebhamilton

Cette tristesse si profondément ancrée


Lorsque je repense à mon enfance, j'ai toujours en tête cette image d'une petite blondinette extrêmement timide et renfermée qui se sentait constamment triste et perdue.


Les quelques petits bonheurs que j'arrivais à éprouver, durant les vacances d'été par exemple, se trouvaient en la présence des nombreux chats qui vivaient sur la ferme ou des insectes qui me tournaient autour et que j'attrapais et emprisonnais pour mieux les observer. Eh oui, j'ai arraché les ailes des mouches pour pouvoir précieusement les garder avec moi dans une boîte à souliers et j'ai souvent presque noyé, dans un pot de verre vide rempli d'eau, les bourdons qui avaient eu envie de me piquer.


Autrement, ma vie était d'un ennui mortel, principalement parce qu'il n'y avait pas de liens affectifs entre ma famille et moi : pas de communication, pas de gestes de tendresse ou d'affection. C'était soit l'indifférence, soit le mépris et, entre les deux, je n'aurais pas su choisir si on m'avait demandé car les deux faisaient extrêmement mal.


Hier, je regardais le soleil qui, après plusieurs heures de pluie glaciale, nous a enfin fait grâce de sa présence et j'ai tout à coup ressenti cette émotion désagréable et tellement familière que j'appelle « une tristesse de l'âme ». J'ai réalisé que cet instant précis de la journée, soit la fin de l'après-midi peu avant ou peu après l'heure du souper m'avait souvent rendue extrêmement taciturne lorsque j'étais enfant parce que, j'imagine, je réalisais qu'une autre journée se terminait et que c'était un autre moment de ma vie de perdu pour être heureuse.


Qu'on le veuille ou non, nous portons en nous certains souvenirs qui, même si notre vie a bien évolué depuis, remontent parfois à la surface parce qu'ils font partie d'un état d'esprit qui nous a habités à répétition ou sur une longue période de temps. Ils sont en quelque sorte les porte-parole d'une émotion profonde qui traduit le regret de tout ce que nous aurions souhaité vivre différemment.


Lorsque ces moments de tristesse de l'âme surviennent, il nous suffit simplement de les accueillir pendant un moment, puis de les laisser poursuivre leur route.


L'important, c'est de nous rappeler que chaque instant porte en lui la possibilité de changer les situations, de les rendre meilleures. De nous rendre meilleurs.


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Jackie B. Hamilton, auteure
Québec, Canada

 

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